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L'ENGAGEMENT ET LE DESENGAGEMENT DE LA JORDANIE DANS LE CONFLIT ISRAELO-ARABE DE 1964 A DECEMBRE 1988

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Wadad EL-DICK

 

Univ.

Paris III

Spéc.

Sciences Politiques

Dip.

Année

# Pages

D.N.R.

1992

578

 

Nous tenons à préciser dans ce résumé que nous avons effectué une étude historique et non pas sociologique. Or, dans l'étu­de des protagonistes du conflit israélo-arabe, notre choix s'est sur la Jordanie et non pas sur un  autre pays pour les raisons suivantes :

La Jordanie du fait de sa situation géographique qui la met à portée immédiate des armes israéliennes, de son origine recente et artificielle, de la faiblesse numérique de sa population nationale et de l'inexistence d'une économie indé­pendante, est des trois pays arabes du champ de bataille celui sur lequel pèse le plus le conflit israélo-arabe. Le royaume fut donc engagé, d'une manière plus ou moins active, dans les guerres successives qui mirent aux prises, depuis 1948, Arabes et Israeliens. Se trouvant le plus faible, il souffrit dadvantage des défaites du camp arabe. Du point de vue géographique, historique ou démographique, des liens étroits unissent Jordaniens et Palestiniens. Les Israélients en on tiré argument pour réfuter toute prétention nationale palestinienne: pour eux, il existe déjà un Etat Palestinien : la Jordanie, peuplée aux deux tiers de Palestiniens.

De telles dissonances traduisent en réalité l'existence de contradictions entre la Jordanie et 1'OLP, dont les affronte­ments sanglants de 1970-1971 avaient révélé toute l'acuité. Les années 1970-1972 marquent le temps fort de l'affrontement sanglant jordano-palestinien avant que le nouveau temps fort de 1973 ne vienne imprimer un tournant stratégique à l'histoi­re du mouvement national palestinien. HUSAYN, qui, comme NASSIR, a accepté le plan de paix arabo-­israélien du secretaire d'Etat américain Rogers (7 aout 1970), engage en septembre, "Septembre noir" la Légion arabe. La résistance palestinienne est brisée, après un ultime sursaut en juillet 1971.

La question des relation jordano-palestiniennes se posait avec une brutale acuité. Le problème était double: it était d'abord tactique: comment concervoir les rapports avec un régime qui venait de massacrer des milliers de combattants et de civils palestiniens? Mais it était sutout stratégique quelle devrait être dans l'avenir la place de la Jordanie dans la lutte de liberation palestienne? Après 1971, l'OLP transfère son état major d'Amman à Beyrouth. Il s'agissait d'une position de repli, l'OLP en était parfairtement consciente, mais la situation n'offrait guère d'alternative, compte tenu du refus syrien de voir s'établir sur son territoire des bases palestiniennes. La presence importante des Palestiniens, au Liban, à 90% de confession musulmane, s'est répercutée sur l'équilibre confessionnel fragile établi dans le pays par le pacte national de 1943.

Les années 1977 à 1979 ont marqué un tournant dans l'hitoire de l'OLP confronté au défi d'une vaste offensive américaine de paix. rois évènements majeurs en jalonnèrent le déroulement: la

visite du president SADAT à Jérusalem en novenbre 1977, la signature des accords de Camp David en septembre 1978, et le traté de paix égypto-israélien du 26 mars 1979. Le processus

allait peu à peu réduire l'OLP à la defensive tout en provoquant l'éclatement du système interarabe. Le 18ème congrés du Conseil National Palestinien d'avril 1987 consacre l'autorité du chef de l'OLP. Dernière tenta­tive du roi hashimit,  HUSAYN demande Iors du sommet arabe d'Alger de juin 1988 de ne pas exiger dans l'immédiat la création d'un Etat palestinien indépendant, sans trop d'espoir cependant car it reconnaît désormais la victoire des thèses de l'OLP. Il amorce déjà sa politique de désengagement en affirmant solennellement devant ses pairs qu'il " n'a aucune ambition sur la moindre parcelle de la terre de Palestine, si petite soit-elle, ni aucun désir de négocier au nom de 1'OLP, représentant unique et légitime du peuple palestinien".

Une autre donnée est à prendre en compte : les positions de 1'OLP ont évolué. Celle-ci revendique aujourd'hui l'édifica­tion d'un Etat palestinien sur les Territoires de Cisjordanie et de Gaza. Elle a accepté la résolution 242 des Nations-Unies, mais aussi la 181 elle a reconnu. Alors que la politique du Likoud, la droite israélienne, consiste a attendre le moment opportun pour transformer en an­nexion "de jure" l'annexion de fait de la Cisjordanie, les travaillistes israéliens espéraient s'entendre avec HUSAYN pour lui restituer la majeure partie de la Cisjordanie en échange de garanties de sécurité pour Israël. Politique im­praticable aujourd'hui, non seulement suite a la décision du roi HUSAYN, mais aussi au soulèvement massif de la population des Territoires Occupés, qui a démontré de façon éclatante son attachement a 1'OLP.

Reste à dire enfin, que les périls et les chances d'aujour­d'hui ne peuvent se comprendre qu'à la lumière du chemin par­couru et surtout, des éléments fondateurs du drame. Aussi dans 1'élaboration de cette étude, nous avons tenté de donner les éléments essentiels du conflit israélo-arabe, à travers le  temps par rapport à la Jordanie.

Nous avons analysé tout au long de notre étude, la relation qui existe entre la Jordanie et 1'OLP. Cette analyse directe de cette dernière nous a semblé impor­tant pour mieux comprendre l'evolution du conflit israélo-­arabe, et il nous a permis donc de determiner la problémati­que de notre recherche sous ces questions bien liées et bien soudées. A quel niveau cette relation representait-elle une sorte de fidélité aux grands slogans politiques arabes :"la libé­ration de la Palestine", "l'unité arabe", "le Socialisme et l'anti-impérialisme" ? De même, est-ce que cette relation avait été établie comme une option idéologique, ou bien comme un passage obliga­toire, vis-à-vis des circonstances des pays arabes, et de leurs attitudes à 1'égard du conflit central ? Rappelons par ailleurs que notre sujet étant d'actualité, nous avons été amenés à puiser dans des sources contempo­raines et donc dans des articles de périodiques spécialisées et de quotidiens arabes.

Enfin nous tenons à souligner, que certains points ont été précisés par des interviews de responsables politi­ques, lors de séjours que nous avons effectués en Tunisie. Souvent des contacts individuels nous ont amenés à pousser plus loin nos recherches en vue de vérifier le bien-fondé de dires, qui pourraient être le  résultat de la propagande ou de 1'échec individuel.