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L’ESPACE DU DISCOURS LETTERAIRE DANS LES ESSAIS PHILOSOPHIQUES DE MICHEL SERRES
التبويبات الأساسية
Wassim A. LADKI
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Univ. |
Nancy II |
Spéc. |
Littérature Française |
Dip. |
Année |
#Pages |
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D.N.R. |
1997 |
408 |
Michel Serres occupe sur l’échiquier philosophique contemporain une place à part : son œuvre foisonnante tente de réconcilier et de mettre en résonance les différentes disciplines du savoir. Il cultive l’idéal de rapprochement des connaissances en s’adressant autant à notre intelligence conceptuelle qu’à notre sensibilité. Aussi puise-t-il conjointement dans l’histoire des sciences et dans les récits mythologiques et bibliques divers arguments pour alimenter et étayer ses prises de position. L’odyssée de la raison triomphante l’incite à vivifier les humanités mourantes dont il prend ardemment la défense. D’autre part, il se complaît à tracer des isomorphismes ouverts sur les objets que la réalité lui donne à voir. Il convient donc de voir en lui le chantre de l’harmonie du monde qui cherche imperturbablement dans la diversité un principe d’unité. Le présent travail porte sur sa production récente et met en lumière, en particulier, la diversité des mécanismes d’expression qui gouvernent ses principaux essais publiés depuis 1980. Nous nous proposons, en effet, d’explorer l’espace du discours littéraire qui façonne la trame thématique proprement philosophique de ces essais.
Nous nous sommes employés, dans un premier temps, à mettre à jour la solidarité de l’invention verbale et du dispositif argumentatif. Nous avons mis en correspondance les traits dominants du style des essais avec l’idéal de Michel Serres qui associe les ressources expressives de la langue à ses desseins afin d’emporter la vonviction. Aussi avons-nous analysé les formes spécifiques de redondance et d’exubérance verbale (comme la prolifération des qualificatifs et des synonymes), les enjeux du procédé de la substantivation et le rôle éminent des appariements lexicaux et des mots apparentés par l’étymologie. Adjuvant de l’argumentation, le langage se présente, dans cette perspective, comme le creuset de la vérité.
Notre deuxième partie explore les voies générales de l’argumentation et met l’accent sur la mixité des écritures. Nous avons d’abord examiné les fonctions de l’interrogation dans les essais ainsi que la genèse du personnage du Tiers-Instruit, ce type idéal qui incarne l’ensemble des valeurs philosophiques et morales promues par l’écrivain. Nous avons ensuite observé que la thématique protéïforme de l’œuvre est servie par des modalités d’expression disparates. Michel Serres emprunte souvent d’autres voies que celles, traditionnelles, du langage discursif. Il éprouve constamment le besoin d’exciper de son passé et de son savoir empirique et intuitif, de mettre sa pensée en image ou d’insérer dans son discours divers contes, légendes et anecdotes. Ses fables sont les auxiliaires de ses raisonnements: elles tentent de résorber les contradictions logiques inhérentes au discours en palliant les apories. Parallèlement à l’examen des récits, nous avons tâché de lever le voile sur la tentation prophétique de l’essayiste dont nous entendons les échos çà et là dans le corpus.
La troisième partie a pour objet de démontrer que la matérialité brute et triviale des faits inspire certains motifs philosophiques des essais. La quête du sens conduit parfois Michel Serres à briser, en la transcendant, la gangue de l’immédiate réalité et à concevoir une philosophie factuelle, colorée et nourrie par des raisonnements analogiques et des exemples imagés. Nous avons observé, par ailleurs, que le lieu physique se convertit souvent en un lieu thématique suggestif et favorise ainsi la naissance de la spatialité dans le texte. Les déictiques spatiaux ont retenu notre attention à la faveur de cette problématique. Pléthoriques, ces embrayeurs constituent des modalités spécifiques d’instauration et de construction du topos dans le discours.
Dans notre dernière partie, nous nous sommes attachés à révéler les fondements des valeurs morales propres de Michel Serres. Celui-ci a été profondément ébranlé par les conflits militaires meurtriers de ce siécle dont il a été le témoin impuissant. Son traumatisme s’exprime régulièrement dans le contexte discursif de l’essai. Aussi assimile-t-il la guerre à une immense vésanie où se manifeste, d’une maniére spectaculaire et hyperbolique, le pouvoir funeste de la déraison. D’où son choix d’exalter le bien et de rechercher les modalités de son avènement dans tous les secteurs de la vie sociale. Car la paix est parfois.
– hélas! -, la continuation de la guerre par d’autres moyens : que l’on songe au cloisonnement des groupes de savants en fonction de leurs intérêts ou de leurs savoirs, aux critiques destructrices et desséchantes que les intellectuels cultivent fièrement. Si elle est authentique, bienveillante et loyale, l’invention serait susceptible de servir l’idéal de paix et de solidarité que prône l’essayiste. Elle représenterait l’une des alternatives possibles aux formes de violence, réelles ou sournoises, qui empoisonnent la vie sociale. Dans le deuxième volet de cette dernière partie, nous avons mis l’accent sur les fragments du discours religieux disséminés dans notre corpus qui appuient l’altruisme foncier de Michel Serres et coïncident avec ses aspirations morales. Aussi avons-nous privilégié l’étude de ce discours diffracté qui fait souvent subrepticement irruption dans la trame discursive. L’écho biblique épars correspond à l’expérience spirituelle de l’écrivain qui tend, tacitement, à objectiver et à laïciser ses convictions chrétiennes.







