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LE VIEUX-TRIPOLI (LIBAN), UN ESPACE HISTORIQUE EN VOIE DE MUTATION. PROBLÉMATIQUE ET PERSPECTIVES D’AVENIR.

التبويبات الأساسية

Mosbah A. RAJAB

 

Univ.

Paris I-Sorbonne

Spéc.

Urbanisme

Dip.

Année

# Pages

D.N.R.

1993

471

 

Le 26 avril 1989, la Vieille Ville de Tripoli a eu sept cents ans. Construite par les Mamelouks aux pieds du château croisé après la destruction de la ville maritime, elle s'est dotée à travers les siècles d'équipements et de structures socio‑économiques qui firent d'elle, et de son port, une place importante pour les échanges commerciaux entre les villes méditerranéennes et plusieurs villes arabes. Cette importance économique était doublée d’une importance politique puisque la ville était le chef‑lieu d'une province mamelouke et, plus tard, d'une province ottomane, et constituait un point de rayonnement sur sa region, voire sur des régions environnantes.

Cependant, le rayonnement de Tripoli fut actif de tout temps, et ce depuis la création de la ville maritime par les Phéniciens. L'apport des Mamelouks fut, en tout cas, capital puisque leurs empreintes sont encore visibles. Cet héritage est aujourd'hui en péril. Il subit le poids d'un mode de production exogène engeandrant une rupture dans ses structures socio‑économiques. Le patrimoine tripolitain est délaissé, voire ignoré. Les métiers anciens s'éclipsent devant les "métiers de substitution" et la Vieille Ville se transforme en un centre commercial désorganisé en l'absence de tout contrôle étatique.

La Vieille Ville est‑elle en train de se transformer en un ghetto insalubre coupé du reste des quartiers de Tripoli? Pour traiter ce problème nous avons divisé notre étude en quatre parties.

Avant d'aborder le vif du sujet, et après une brève présentation géographique de la Vieille Ville, nous avons voulu, dans la première partie, rappeler l'histoire de Tripoli qui devait son importance à l'emplacement de son site au milieu de la côte est de la Méditerranée et à I'ouest de la montagne des cèdres. Des Phéniciens aux Omeyyades, des Fatimides aux Croisés, des Mamelouks aux Ottomans, Tripoli eut toujours un rôle majeur dans la politique régionale. Ce rôle fut menacé avec l'Empire ottoman finissant et avec les effets de la Révolution Industrielle. Le Mandat Français sur le Liban finit par marginaliser la ville aux dépens de Beyrouth, capitale du Grand‑Liban.

L'Héritage de Tripoli survécut aux grands bouleversements mondiaux et régionaux et aux intempéries, non sans avoir été relativement affecté. Il est constitué d'un ensemble d'équipements et de structures sociales et économiques identiques aux autres ensembles historiques des villes arabes et islamiques. Pour mieux comprendre les problèmes de mutation socio‑économique nous avons jugé utile de présenter, dans une deuxième partie, les équipements et les différentes structures du noyau historique de Tripoli. Les équipements comprennent les bâtiments religieux qui sont nombreux. mosquées, madrassas, zawiyahs et khanqah. Mais aussi les hammams très affectés et dont un seul fonctionne aujourd'hui, et les khans transformés en grande partie en dépôts. Les souks, eux, gardent leur organisation originelle et leur appellation quoique les produits changent, évoluent. Les quartiers du Vieux‑Tripoli quant à eux ont vu leurs habitants originels quitté l'espace historique avec l'arrivée de l'éléctricité et des moyens de transport motorisés. Ces derniers eurent, quand même, un impact considérable sur les quartiers de la Vieille Ville, puisque les autorités municipales crurent bon de percer les vieux quartiers ou d'élargir des rues existantes pour permettre à la voiture d'accéder à l'espace historique et relier les quartiers récents de Tripoli de part et d'autre du tissu ancien. L'annexion de la ville au Liban et le système politique instauré dans ce pays n'ont pas empêché la ville de maintenir une certaine hiérarchie sociale, microcosme de l'Empire ottoman.

Après l'exposition des structures socio‑économiques, il était nécéssaire, dans la troisième partie, d'étudier de plus près le processus de mutation des structures de la Vieille Ville ainsi que les différents facteurs qui jouèrent un rôle important dans le développement du tissu urbain en question. En l'absence d'une volonté administrative de sauvegarder la Vieille Ville et ses structures face au "modernisme" envahissant et d'une règlementation adéquate visant l'espace bâti et l'organisation des structures commerciales, les transformations à l'intérieur de l'espace historique étaient considérables. Sur le plan social, le départ des "grandes familles" de la ville intra‑muros suivies par la classe moyenne et l'arrivée des "ruraux", y ont engendré une prolétarisation des vieux quartiers et une dislocation des solidarités coutumières. Sur le plan économique, le déplacement du centre d'affaires vers le quartier Al‑Tall (extra‑muros) et l'apparition de centres industriels au nord et au sud de la ville de Tripoli ont affaibli considérablement l'activité économique dans les vieux souks. Ajoutons que les projets d'aménagement réalisés au lendemain de l'inondation du fleuve Abou Ali en 1955 éventrèrent la Vieille Ville et détruisirent des monuments et des constructions historiques. Les enquêtes réalisées sur le terrain en 1986 et 1987 témoignent du malaise que subit le Vieux‑Tripoli. Avec la chute de la livre libanaise due à la guerre (1975‑1990), le souci des commerçants était de rechercher le gain rapide en se convertissant souvent à de nouveaux métiers dont les produits répondent plus à la demande d'une clientèle en majorité ”populaire”. Beaucoup de boutiques ont été fermées on bien transformées en dépots. Malgré tout ce "désordre", l'organisation spatiale du noyau historique résiste tant bien que mal au laxisme étatique et à  la crise économique. La sauvegarde de cet espace est toujours possible.

La recherche de solutions adéquates pour sauvegarder l'espace historique de Tripoli pose des problèmes qui se situent à des échelles différentes. Au niveau de la population, il sera nécessaire d'initier les Tripolitains et à les informer des valeurs de l'Héritage à l'intérieur ou à côté duquel ils vivent. Au niveau des Pouvoirs publics, le travail consistera à prendre conscience de l'intérêt culturel mais surtout économique de cet Héritage (tourisme ... ) et à fixer l'échelle et l'espace d'intervention. Pour que ce travail soit bien mené, il faudra redéfinir les relations entre la Vieille Ville et les autres quartiers de Tripoli, de mettre à jour les documents graphiques municipaux, de mener des enquêtes pour définir les effectifs et les besoins de la ville, d'adapter et d'appliquer les règlementations et les lois de construction et de réactiver les structures et infrastructures économiques de Tripoli. Les Pouvoirs publics de Tripoli peuvent‑ils élaborer ou gérer une politique d'aménagement et l'appliquer? Pour répondre à cette question, il faudra prendre en considération et comprendre le système politique et confessionnel du Régime libanais régi par des structures hiérarchiques favorisant un secteur tertiaire centralisé à Beyrouth aux dépens d'une planification à l'échelle nationale. Aux Tripolitains de s'organiser pour exiger un plan d'aménagement qui rendra à la capitale du Nord, parmi d'autres de la région, sa fierté.